Coucou me revoilou les amis,

N'allez pas croire au vu du titre que je me suis fourvoyée dans la lecture d'un Marc Lévy ou de son pote de chambrée Guillaume Musso qui sont à la littérature ce que Philippe Candeloro est à la culture, à savoir de parfaits étrangers. Je me garde ces éminents best sellers pour la maison de retraite quand mes deux neurones restants me serviront juste à bien penser à mettre mon dentier dans le verre et ma Tena, dans ma gaine 18h et non le contraire.

Alors que mes pauses lectures sont comptées, que j'ai, en général le cervelet en capilotade "à l'heure où la nuit déploie ses ailes sombres" (copyright M. Lévy) et que je n'ai plus d'autre solution que de regarder la 25e retransmission de Faites entrer l'accusé sur le charmant Guy Georges, je me suis quand même tapé le pavé de Douglas Kennedy au titre aussi avenant qu'enjoué : Quitter le monde. Peut-être que j'aurai dû avoir la puce à l'oreille sur ce coup là...

quitter_le_monde

Alors, si vous comptez le lire un jour, comme Véro qui espère en le refermant le soir qu'au petit matin, il aura avancé tout seul, passez au paragraphe suivant parce que je vais vous faire le pitch en détail.

C'est l'histoire de Jane, une fille pas top canon mais plutôt intelligente ou tout du moins érudite car les deux ne vont pas forcément de pair, la preuve, qui se destine à être prof d'université. Sa mère la tient totalement responsable de l'échec de son propre mariage pour une phrase prononcée à l'âge de 13 ans et n'a de cesse de lui prouver à quel point elle la déteste. Son père, qui est donc parti acheter des clopes un soir et n'est jamais revenu, se révèle être un escroc à la petite semaine qui lui envoie une carte postale toutes les 10 années bissextiles.

La pauvrette s'est jetée à corps perdu dans les études littéraires pour oublier sa triste condition et elle tombe amoureuse de son directeur de thèse, écrivain, marié à une femme dépressive et suicidaire (qu'il ne peut donc pas quitter). Ils deviennent amants et au moment où elle s'épanouit dans cette aventure, il se jette sous les roues d'un camion pour une mauvaise critique de son dernier bouquin...

Terrassée mais obligée de faire semblant que tout va bien (parce qu'adultérine était l'histoire, je vous le rappelle, suivez un peu...), elle change radicalement de métier et devient trader pour gagner du fric. Elle travaille avec des gens charmants qui la traitent de radasse et de sacrée conne toute la journée mais s'en sort bien dans son job jusqu'à ce que son géniteur l'appelle de façon totalement impromptue et désintéressée pour lui proposer un super investissement qui la rendra 100 fois plus riche que tout de suite, maintenant. Elle n'a pas du tout le cloporte à l'esgourde, réfléchit deux minutes mais c'est quand même son pôpa, celui qu'elle n'a pas revu depuis ses 13 ans alors elle lui fait derechef un virement aux Galapagos de 10000 dollars. Trois jours après, elle se fait arrêter par le FBI car elle a aidé un escroc mondialement recherché et du coup, se fait virer en se faisant traiter de connasse naïve une dernière fois (et on serait pas loin de faire pareil).

Vous êtes toujours là ? Alors, je continue, y'a pas de raison que je garde tout ça pour moi, elle retrouve difficilement (car tout le pays sait qu'elle avait une relation ultra-secrète avec son dirlo suicidé et que ça la fout mal quand même) un poste d'enseignante à la fac dans un trou paumé mais elle remplace la prof que tous les élèves adoraient et qui est morte d'un cancer deux semaines avant. Autant dire que tout le monde l'exècre d'emblée mais elle a un tout petit peu l'habitude.

Elle rencontre un scribouillard sans le sou, fondu de cinéma légèrement marginal qui lui correspond à peu près autant que Chuck Norris à Christine Lagarde,  ils sortent ensemble, il s'installe chez elle et elle tombe enceinte. Le futur père est super content, du coup, elle aussi alors qu'elle s'était juré de ne jamais avoir d'enfant (puisqu'elle était elle-même responsable du divorce de ses parents, je vous le rappelle bis...).

Nous, ça fait depuis la deuxième page qu'on ne se fait plus beaucoup d'illusions sur ce qui va lui arriver et elle l'aura bien cherché cette grosse débile mais bon, sitôt le bébé arrivé, sitôt le papa parti dans son studio pour que son génie créateur ne soit pas perturbé par les cris de l'enfant qui vient de naître.Elle élève donc sa fille toute seule en tentant désespérément de faire revenir son homme à la maison, elle lui fait des des crêpes aux champignons mais rien n'y fait. Jusqu'au jour où...(suspense insoutenable), il revient avec un bouquet de fleur et une bouteille de champagne !!

N'importe quelle moule aurait flairé le sale plan mais pas elle. Non, Pénélope Jolicoeur applaudit de ses deux mains gauches et ne voit toujours rien venir quand il lui propose d'investir le reste de ses économies de quand elle se prenait pour Mme Kerviel dans un film gore, type Massacre de zombies à la tronçonneuse qui va à coup sûr exploser le box office. Son homme est bizarrement accompagné par une autre dame légèrement excentrique, Adrienne...tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie, yeah (je sais, c'est Gabrielle en vrai mais j'avais envie). Bon, elle est bien un petit peu contrariée de ne pas savoir qui est cette Adrienne qui dépasse de la poche de son mari mais il est revenu vers elle et c'est bien le principal. Comme pour son papounet, elle hésite trois secondes, proteste mollement mais file quand même son blé en signant des papiers qui font d'elle la principale et la seule associée de la future méga-production sanglante. 

Dois-je vraiment vous raconter ce qui se passe ensuite ??? Oui, je le dois car c'est d'utilité publique, le couple de cinéastes maudits se barre à Cannes avec son fric, loue des suites au Carlton et des hélicos pour se poser dessus et t'en collent pour des millions de dettes dont Madame la quiche internationale sera seule responsable.

7881_KennedyA ce moment là, j'avais déjà envie de brûler le bouquin mais pugnace et optimiste je suis, je me dis donc qu'il va y avoir un rebondissement heureux, qu'elle va rencontrer son Hugh Grant ou mieux son Patrick Swayze qui dira, on ne laisse pas bébé Jane dans un coin et l'emmènera sur un air de mambo sirupeux mais c'est à ce moment là que Calamity Jane, épuisée et hagarde, on le serait à moins, laisse échapper sa fille dans la rue et qu'une voiture la percute de plein fouet, la tuant sur le coup... Oh, t'as eu un problème dans ton enfance, Douglas, pour nous inventer des histoires pareilles ? N'importe qui à la place de Jane se serait déjà pendu 3 fois mais pas elle, elle retourne même travailler, ses collègues et élèves la détestent toujours et ont, en plus, pitié d'elle...

Bref, un soir, enfin, j'ai envie de dire, elle prend un tube de lexomil comme Loana, même Q.I., même combat, un peu d'alcool mais pas trop et elle prend le volant, jetant sa voiture dans une énorme congère...Non mais a t-on vu plus con comme tentative de suicide ?

Elle ne meurt pas sur le coup évidemment et reste des heures, cassée de partout à tenter de mourir de froid dans d'atroces souffrances lorsque quelqu'un la trouve et l'emmène à l'hosto. Elle se réveille dans le service des suicidés débiles, sous la surveillance d'une infirmière au grand cœur qui la traite quand même de conne, ce qu'elle est, on n'a plus aucun doute là-dessus. Pendant les 40 jours où son assurance maladie lui permet de rester en soins intensifs, elle songe à la façon dont elle se suicidera, pour de bon cette fois, à sa sortie et nous, on a tout plein d'idées et vraiment, on voudrait aider. Elle sort, achète un tube de Lexomil, de l'alcool...nooooooooonnnn, pas encore le coup de la congère ? Bon, elle peut pas, elle a plus de voiture, plus d'appart, plus d'enfant donc elle va au motel et au moment où elle va se suicider, elle entend une mère maltraiter sa fille, s'en mêle, se prend une beigne par la mère et de rage, jette les cachets...Il faudra qu'on m'explique en quoi le fait de t'en prendre une au moment de te suicider te ramène à la raison mais on n'en est plus à une bêtise près comme disait Renan Luce.

Elle ne se suicide pas et on est très contrarié par ce retournement de situation, croyez-moi, elle file au Canada, trouve un poste de bibliothécaire, les gens ne l'aiment pas beaucoup mais à ce niveau là, elle s'en fout et nous aussi, elle arrivera encore à se faire gauler et arrêter pour les conneries de son ex-compagnon mais nous, on sera reparti mater Faites entrer l'accusé sur Simone Weber parce que faut pas déconner, à côté de la vie de Jane, on envierait presque le sort des maris de la belle Simone.simone_weber

Ce billet était long et chiant ? Bien, je crois que j'ai parfaitement réussi à retranscrire l'essence du bouquin.

Peut-être faudrait il que Douglas Kennedy envisage de quitter le monde du roman, il paraît qu'il en a écrit des mieux que ça mais je n'ai pas eu envie de vérifier, peut-être, un jour, à la maison de retraite, quand j'aurai fini tous les Marc Lévy et les Guillaume Musso...et les Barbara Cartland et les Danielle Steel et toute la collection Harlequin.

On s'achève avec un petit coup de Biolay ? Allez, on ne boude pas son plaisir neurasthénique.

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